Conversations d’une femme sans enfant

Le lendemain du résultat de la prise de sang, nous étions invités chez des amis.

Il y avait 6 ou 7 couples qu’on ne connaissait pas, ou très peu. Tous avaient des enfants.

Lorsqu’une première fois, on m’a posé la question qui tue :
« Et vous, vous avez des enfants ? »
Je me suis contentée d’une brève réponse négative.
Je n’ai pas relevé lorsque ma voisine d’apéro a ajouté :
– « c’est bien aussi de ne pas en avoir »

Puis on m’a posé la question qui tue une 2ème fois [il faut croire que c’était le sujet de conversation du jour], j’ai laissé planer le doute en répondant :
– « pas encore !… »
(genre la fille qui y croit)
mais ça a suffit pour mettre un terme à la conversation.

Il faut croire que quand on n’a pas d’enfants, on n’a rien à dire.

La 3ème fois qu’on m’a posé la même question qui tue, c’était au dessert, et là je me sentais en confiance avec mon interlocutrice qui m’a tout de suite paru ouverte, simple et compréhensive…
Apéro bien chargé aidant, j’ai tout déballé :

– Non non !… (comme si c’était normal) on ne peut pas en avoir / on essaie depuis 6 ans / nous en sommes au double don en Espagne / tiens, d’ailleurs hier on a encore eu un résultat négatif…

Je ne sais pas où j’ai été pêcher ce ton si distant (dans le champagne peut-être…). Comme si je parlais de choses futiles…

Alors que c’est si lourd.

Tous les jours au quotidien, tout vous rappelle que vous êtes une femme sans.
Vos conversations (ou plutôt vos silences…) avec les collègues de bureau, les amis, la famille, les relations, et même les gens que vous ne connaissez pas… ou si peu.

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14 commentaires pour Conversations d’une femme sans enfant

  1. Lily dit :

    Je ne comprends que trop ce sentiment.
    As-tu revu ta gynéco ?
    Je te fais plein de bisous.
    Lily.

  2. Lulu dit :

    Comme je comprends cette douleur si profonde qui prend aux tripes…
    Ce cœur qui s’emballe, fond, se tord de douleur…
    Je pense très souvent à toi.

  3. Marie dit :

    Bravo pour le ton distant, dans la même situation je lâche un commentaire acerbe et agressif, ensuite je regrette parce que j’ai niqué la soirée! A part ça je suis bien contente que tu sois revenue par ici, parce que le silence, c’est bon pour les collègues, mais nous on attendait de tes nouvelles… Je pense à toi et je t’embrasse.

    • loLo dit :

      C’est gentil Marie, la solitude c’est pas ce qu’il me faut finalement… et le silence, ça fait mal aux oreilles. Je pense bien à toi et te fais de grosses bises

  4. Lilas dit :

    Je suis contente d’avoir de tes nouvelles.
    Oui on dirait que les gens se régalent de te poser cette question le pire c’est lorsque dans le reste de « l’assemblée » il y a des gens qui sont au courant de ta galère pour avoir des enfants et du coup, ils sont encore plus gênés que toi et ça créé un p****** de malaise.
    Gros bisous

    • loLo dit :

      En fait la plupart de notre entourage est au courant de notre parcours, les seuls qui ne le soient pas sont les gens qu’on ne connait pas, et avec les années c’est bizarre mais je n’ai plus aucune gêne d’en parler, ça fait tellement partie de nos vies, on en parle très librement.
      J’espère que tout va bien de ton côté Lilas, je t’embrasse

  5. Kaymet dit :

    Bravo d’avoir réussi à en parler comme ça, le lendemain de ce résultat si terrible. Plus on en parle autour de nous et plus les gens prendront (un peu) conscience de ce que ça représente, mais c’est souvent tellement tellement dur, et on a l’impression de devoir recommencer à chaque fois, à chaque nouvelle soirée, à chaque nouvelle conversation…
    Je t’embrasse

    • loLo dit :

      Oui Kaymet, j’ai aussi cette impression de répéter la même histoire sans fin. Mais quelque part, c’est aussi un soulagement de partager ce fardeau… Finalement le plus dûr c’est la frustration de ne pas pouvoir participer aux conversations des « parents », de n’être que spectateur…
      Je pense à toi très fort….
      Bisous

  6. Oh, comme je comprends, comme je compatis, comme je vis si (trop) souvent la même chose ! Le pire pour moi c’est quand on nous pose la question à nous deux, car là, cela fait encore plus mal, car « nous » n’avons pas d’enfant, mais lui, même adoptif, en a. et ça c’est le truc qui fait encore plus mal, au quotidien et est en plus tabou… En tout cas bravo pour le recul, qui plus est le lendemain d’un échec, d’avoir « osé » dire, peut-être grâce au champagne en effet. Et quelle a été la réaction ? courage, je pense bien à toi. j’espère que vous allez vite avoir une autre chance et surtout une chance qui réussisse…

    • loLo dit :

      Comme je le disais, nous en parlons très librement… Même si ce n’est pas toujours facile, ça fait tellement partie de nos vies, de notre histoire. Les réactions sont toujours compatissantes, mais lorsque je commence à rentrer dans le détail du double don, à parler de transfert d’embryons vitrifiés ou de fragmentation de l’adn du sperme, c’est la stupéfaction… La fille à qui je parlais ce soir là (maman de 2 enfants de 4 ans et 17 mois) n’en revenait pas de la longueur du parcours et de la « complexité » de la situation. Maintenant, je « choisis » les personnes à qui je peux en parler car il y a aussi des personnes qui ne se sentent absolument pas concernées, mais j’en connais peu finalement.
      Je comprends que dans votre cas, le « déséquilibre » du fait qu’il ait des enfants et pas toi doit être encore plus perturbant… Par contre, pourquoi penses tu que ce soit tabou ?

  7. bravo d’avoir réussi à en parler! Pourquoi les PMettes devraient se taire et écouter les autres blablater tout le temps sur leurs enfants? Pourquoi la PMA et l’infertilité devraient-elles être taboues?
    Au moins lors d’un prochain dîner avec les mêmes personnes, peut-être y réfléchiront-elles à 2 fois et feront attention à leurs conversations.
    tu es un modèle de courage, et peut-être qu’il est impossible de te dire cela aujourd’hui, mais je sais que vous l’aurez votre enfant, je le sais.
    je t’embrasse très fort

    • loLo dit :

      En fait on ne se met pas à la place de l’autre, parfois je me dis que j’aimerais être à la place d’unetelle qui se plaint de ses ados, alors que réellement, elle traverse une période difficile. Mais c’est dans la « normalité » que l’adolescence soit une période difficile. Par contre, être une femme sans enfant, ce n’est pas dans la norme, et parfois on me fait même sous entendre (bien qu’on connait notre parcours) que j’ai « de la chance » de ne pas avoir ce genre de soucis…
      Lueur tu es vraiment très optimiste pour moi et ça me touche mais je commence à penser que je ne serai jamais mère, alors que jusqu’ici, j’y ai toujours cru… Merci en tout cas, je t’embrasse.

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