Au pied du mur

Cette semaine, il y avait une rencontre intergénérationnelle sur mon lieu de travail. Les tout-petits de la crèche d’à côté venaient rendre visite à nos petits vieux. Je suis restée un moment à les observer, et je me disais : « ça aurait pu être mon petit garçon », « j’aurai pu être celle qui prendra cette petite fille dans ses bras lorsqu’elle va rentrer chez elle »…

Parmi les résidentes de la maison de retraite, il y avait Mme D, qui m’avait confié un jour ne pas avoir eu la chance d’avoir des enfants (après m’avoir demandé si j’en avais…). En la regardant offrir des œufs en chocolat à cette petite fille, je me disais :

« Qu’est-ce qu’elle éprouve, là maintenant ? est-ce qu’elle se dit que cette enfant aurait pu être son arrière-petite fille ?… »

« Est-ce que ça lui fait mal ? »

Puis j’ai rejoins mon bureau pour échapper à ce tableau où je ne trouve pas ma place.

Je dois absolument trouver le moyen de ne plus être esclave de ce sentiment de vide et de tristesse qui m’envahit à chaque fois qu’un petit-bout se trouve sur ma route. Après m’être battue pendant si longtemps dans l’espoir d’être mère, je dois me battre pour accepter l’idée que je ne le serai pas. Et être heureuse quand même.

Maintenant que nous avons tenté toutes les techniques de PMA sans succès, nous voilà confrontés à ne plus avoir d’autre échappatoire que le renoncement.

Par où commencer ? Comment faire ? Est-ce que c’est possible de ne plus subir cette situation à laquelle je resterai confrontée jusqu’à la fin de mes jours ?

Combien de temps ça va prendre ?…

culdesac

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14 commentaires pour Au pied du mur

  1. ton post me brise le cœur Lolo…
    Es-tu sûre que vous ne pouvez vraiment plus retenter votre chance en Espagne? As-tu revu ton gynéco? Et la clinique là-bas, qu’en pensent-ils?
    Je pense que le renoncement ne peut se faire sans la certitude qu’il n’y a plus rien à faire… Est-ce vraiment certain ?
    Je t’embrasse fort et pense fort à toi

    • loLo dit :

      Lueur, peut-être que l’on repartira pour un dernier essai en Fiv DD, en espagne ou ailleurs… pour l’instant ce n’est pas au programme car je dois me faire enlever mon fibrome. Mais j’ai besoin d’envisager un « après ». Jusqu’ici, il y avait toujours une issue de secours en cas d’échec, et là nous n’en avons plus, nous arrivons en fin de parcours. On ne peut pas continuer à vivre dans la souffrance, à vivre reclus pour éviter les situations douloureuses, et à accumuler les échecs. Nous sommes justement dans cette incertitude, de savoir si pour nous ça peut marcher ou pas, ce qui à long terme est invivable…

  2. irouwen dit :

    Lolo tu sais ce que j’en pense…. mais je vais le redire quand même.
    Le renoncement, ne peut advenir « sereinement » que si vous avez vraiment le sentiment que vous avez tout fait, et que surtout vous avez envie de passer à autre chose (que la souffrance engendrée par l’enfant absent), vivre bien malgré l’absence.
    Le temps est vraiment notre ennemi à nous les femmes qui ont passée la quarantaine. cette échéance est vraiment difficile a appréhender. Pourtant certaines n’hésitent pas à tenter de faire des enfants, jusqu’à 45 ans passés. Je pense que je n’aurai pas eu ce courage, cette force, trop de peurs. Mais pourtant certaines le font et arrivent à porter un enfant dans leur ventre, puis hors de leur ventre.

    Ce fibrome qui doit être enlevé, pour tenter encore une fois, dans des conditions plus optimales….avec un double don plus « performant » ???? N’est-ce pas une perspective procréative qui vient certes ce cogner très fort, au temps qui passe et aux finances qui ne sont pas extensibles. Mais il me semble que le renoncement ne pourra pas venir, si vous ne tentez pas encore une fois. Car le sentiment de n’être pas allé au bout, sera encore là.

    J’aimerais pouvoir te dire que le temps on l’emmerde et que les sous ce n’est pas le plus important, mais je ne peux pas.

    Par contre, je suis 100 % avec toi quoi que vous choisissiez de faire.

    De douces pensées….

    • loLo dit :

      Concernant l’âge, je pense qu’il y a des limites… celle que l’on s’est fixée approche à grand pas… C’est pour ça que s’il y a encore un essai, ce sera le dernier. Je dois me préparer… car pour l’instant, l’idée de ne pas avoir d’enfant est encore difficile à envisager, pourtant, il va bien falloir que je vive avec. Je me pose déjà la question de savoir si j’aurai encore le courage d’affronter la perspective d’un nouvel échec, celui que nous venons de vivre était peut-être celui de trop. En tout cas, c’est celui qui a fait changer ma vision des choses et j’ai très envie de tourner la page, même si je n’y suis pas du tout prête… En fait le plus important, ce n’est ni le temps ni l’agent, c’est notre vie de couple et notre vie tout court que l’on ne peut plus continuer à « sacrifier ».
      En tout cas, merci d’être là, et de continuer à me soutenir.

  3. Kaymet dit :

    loLo, quelle que soit la suite de votre histoire, d’abord tu n’es pas seule, vous n’êtes pas seuls, même si je sais que c’est une bien maigre consolation et qu’on se sent toujours seuls dans les galères de sa propre histoire. Mais on sera là pour te soutenir à chaque pas qui suivra.
    A la question ‘Comment faire? Est-ce que c’est possible?’ – si au final, votre chemin est un chemin sans enfants (et de tout mon cœur, j’espère qu’une autre option se présentera à vous), l’expérience d’autres qui sont passées par là montre que oui il est possible d’être heureuse sans enfants même si on aurait tant voulu qu’il en soit autrement; je lis depuis bien longtemps quelques blogs sur le sujet, notamment « Life Without Baby », ou « Silent Sorority » (tous ou presque sont en anglais, sauf le très récent « Être femme sans enfant »). J’ai trouvé dans ces blogs un certain réconfort; celui de savoir que quelle que soit l’issue, une vie est possible, et qu’elle peut être heureuse.
    Je t’embrasse fort loLo

    • loLo dit :

      Oui j’ai découvert Life without baby, Silent sorority et d’autres blogs anglophones il y a quelques jours. Enfin je les avais déjà parcourus mais là, j’ai besoin de les suivre plus régulièrement. Ce n’est pas facile de trouver des blogs (surtout en français) sur les couples sans enfants « pas par choix ». J’ai commandé aussi le livre que tu avais évoqué dans un de tes articles et que j’ai retrouvé en faisant des recherches : « ces femmes qui n’ont pas d’enfants ».
      C’est la révolution dans ma tête. ce n’est peut-être qu’un bouclier, une façon de mieux vivre cette situation si pesante. Ou l’espoir d’être enfin libre…
      Je suis très touchée par ton soutien Kaymet… je t’embrasse.

  4. fabienne dit :

    je n’ai aucun mot, beaucoup de larmes à te lire
    j’ai lu les com’ des autres, bien plus constructifs que le mien
    juste te dire que je comprends, que je pense à toi…
    je t’embrasse

    • loLo dit :

      Fabienne, je sais que tu comprends, ce que tu as vécu est aussi terriblement difficile et je te trouve très courageuse de faire ces examens si poussés, et de trouver la force de continuer malgré les épreuves. Je vais régulièrement sur ton blog voir s’il y a du nouveau de ton côté… je pense bien à toi. Grosses bises

  5. Lulu dit :

    Ma loLo, ton billet me déchire le cœur…
    Face à une tel désir d’être parents et après tant d’efforts, de sacrifices et beaucoup d’échecs, j’ai envie de croire que la prochaine tentative sera être la bonne.
    Pourquoi ne pas aller au bout du parcours ? C’est long, c’est compliqué mais je reste intimement convaincue que renoncer à avoir un enfant ne pourra se faire sans douleur tant qu’on n’est pas allé au bout du parcours et de ce que la science peut encore nous offrir.
    Je suis de tout cœur avec toi et pense fort à toi… très souvent.

    • loLo dit :

      Nous pensons être arrivés au bout du parcours. Cela fait 3 ans que nous sommes en parcours de don (sans parler des 3 autres années en PMA « classique »). On se donne une dernière chance en ne fermant pas la porte à un dernier cycle en FIV dd, mais avec plus d’une quinzaine d’échecs à notre actif (j’ai arrêté de compter !), à un moment donné, il faut se rendre à l’évidence…
      Moi aussi Lulu, je pense bien à toi !

  6. Helolo
    Nous en avons déjà parlé longuement alors nous savons l’une et l’autre ce que j’en pense. Je suis comme toujours touchée par la justesse des mots d’irou et ceux de kaymet et lulu brossent bien aussi la situation. Le livre estvpresque terminé, mais tu n’as pas encore tourné la page. c’est pas le meilleur moment. Et si vous profitiez de cette halte pour vivre hors pma, faire des choses tous les deux, vous accorder des petits plaisirs, tout en étudiant tranquillement -mais pas trop longtemps ! 😉 – les possibilités de cette dernière fiv. Une petite respiration après toutes ces épreuves vous fera peut-être du bien. Reprendre des forces, goût à la vie et des envies… Courage Lolo, il y a toujours une lumière quelque part. Où qu’elle soit, quelle qu’elle soit.

    • loLo dit :

      C’est joli ce que tu dis, il y a beaucoup de douceur dans ton message… tu as raison le livre n’est pas tout à fait terminé, c’est un peu l’épilogue quelque soit la fin de l’histoire… ce sera de toute façon le début d’une autre histoire, d’autres pages qu’il faudra remplir.
      Merci pour ton écoute, pour la présence, le soutien, les petites confidences qui ressemblent beaucoup aux miennes… Je t’embrasse.

  7. Ton post me serre le coeur et résonne bien tristement en moi. Comme toi, j’en suis au stade où je commence à réaliser qu’il faut prendre conscience que l’issue ne sera peut être pas celle pour laquelle on se bat. Comme toi, je ne sais pas comment appréhender ça et voir ma vie sereinement dans cette perspective. mais vous êtes 2 à souffrir identiquement de ce manque de ne jamais entendre prononcer papa ou maman et c’est sans doute l’essentiel pour lequel, personnellement je donnerai beaucoup pour avoir « au moins » ça. Je nous souhaite beaucoup de courage et de force… et qui sait, la vie finira peut être par nous faire une belle surprise ? Apo

    • loLo dit :

      C’est ça le problème, c’est qu’on ne sait pas ce que la vie nous réserve… si au moins on avait la certitude de se donner du mal pour quelque chose.
      Apo, je ne connais pas ton histoire dans le détail, mais j’ai lu des témoignages (dans le forum de l’association) de filles DES (entre autres…) qui aujourd’hui sont mamans grâce au don d’ovocytes… je ne veux pas faire l’apologie du don et suis bien mal placée pour m’en porter garant, mais j’ai malgré tout pensé à toi…
      Je te souhaite de pouvoir un jour avoir l’immense bonheur d’entendre le mot « maman ».

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