Réflexions sur le désir d’enfant

Depuis notre dernier échec de FivDo, rares sont les jours sans que je ne retourne dans ma tête les sentiments ambivalents découlant de mon désir d’enfant inassouvi.

En clair, ce désir est-il toujours aussi fort ? Ne suis-je pas, par la force des choses, en train de virer childfree au lieu de childless* ?

Je traine ce désir fantasmatique depuis longtemps, très longtemps. Issue d’une famille nombreuse et plutôt heureuse, la volonté de fonder une famille s’est imposée d’elle-même, comme si ça coulait de source. Je me souviens pendant un cours d’anglais avoir été une des rares de ma classe à envisager d’avoir « au moins » 5 enfants, sans doute pour reproduire le modèle dans lequel j’ai grandi. Depuis toujours, j’ai été entourée d’enfants, étant la 4ème d’une fratrie de 5, l’aînée de mes 10 neveux et nièces est née quand j’avais 13 ans. Ma mère a toujours gardé beaucoup d’enfants, que ce soit de sa lignée ou de son village… En grandissant mes amies d’enfance ont eu des enfants à leur tour, puis les ami(e)s que j’ai connu(e)s plus récemment aussi. La quasi-totalité des femmes de mon entourage sont mères, les seules qui ne le soient pas se comptent sur les doigts d’une main et encore… plus les années passent plus elles se font rares.

Lorsque nous avons commencé les traitements en PMA, on s’est dit avec mon homme qu’on irait « jusqu’au bout ». On serait parents, c’était une évidence. Les années ont passées, les échecs se sont accumulés, et nous avons tenté les techniques les plus évoluées, toujours plus poussées, toujours plus loin… N’en voyant pas le bout, ne sachant pas jusqu’où aller, jusqu’à quand ?

Convaincue que je serai mère par n’importe quel moyen, je n’ai donc jamais envisagé la possibilité que je ne puisse pas l’être.

Jusqu’à ce triste énième « faux espoir » du mois de Mars, l’échec de trop. Celui qui m’a fait prendre conscience que je devais absolument réussir à prendre du recul, et envisager de considérer les choses différemment. Celui qui m’a fait franchir la barrière qui sépare les choses dont on rêve des choses qu’on aura jamais. Celui qui m’a fait passer du stade de femme infertile mais déterminée à être mère à celui de femme résignée de ne pas l’être.

Je pense de plus en plus que cette dernière étape en République Tchèque au mois de novembre,  sera le point final de notre parcours PMA, et surtout de notre projet parental. Ce sera en double don et les résultats tomberont une quinzaine de jours avant mes 43 ans. Même si cette limite d’âge n’est pas un obstacle dans le cadre de notre parcours (déjà bien long !…) à l’étranger, c’est la limite « symbolique » que l’on s’est fixée. Parce qu’il faut bien arrêter un jour, sinon combien de temps ça peut durer ? Jusqu’à quand se perdre ? Quand commencer à vivre et à aimer la vie ?

Ces 5 derniers mois me paraissent une éternité au vu du cheminement parcouru vers l’acceptation de ma « non-maternité » (je ne sais pas trop comment l’appeler…). Enfin, je n’en suis peut-être pas encore au stade de l’acceptation, mais de la résignation en tout cas. J’ai l’impression (mais ce n’est peut-être qu’une illusion ?) d’avoir fait un grand pas, et certains jours, c’est même l’impression d’un virage à 180°. Maintenant que je n’envisage plus la maternité comme une certitude, je me pose énormément de questions sur mon désir d’enfant, et sur la probabilité quasiment inéluctable d’un avenir sans enfant. Il m’arrive même de redouter (le comble !…) que ce désir vienne finalement à se réaliser. Je ne sais pas comment expliquer ça, ma psy me dit que mon esprit n’étant plus « bloqué » sur cet objectif, je prends conscience de tout le reste, des bouleversements que ça engendrerait dans notre relation « exclusive » de couple.

Mon analyse à moi, c’est que par instinct d’autoprotection, je me mets à diaboliser ce que j’ai tant espéré, comme si ça pouvait m’aider à m’en détacher plus facilement…

*childfree : sans enfant par choix – childless : sans enfant par contrainte

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8 commentaires pour Réflexions sur le désir d’enfant

  1. Lulu dit :

    Ma loLo, quel cheminement !
    Tu sais que tes deux derniers paragraphes me parlent ÉNORMÉMENT !!!
    Je suis, moi aussi, dans cette réflexion… Avec ma psychanalyste… entre autre…
    A force d’échec, la réalité apparaît comme une évidence : je ne serais sûrement jamais mère.
    Sauf que je remplacerais le « ces 5 derniers mois » par « ces dernières semaines » et garderais tout le reste…
    Je t’embrasse fort.
    Et vive le don ! Vive la RT !

    • loLo dit :

      Oui Lulu, j’ai pu voir dans certains de tes commentaires un profond découragement… Je pense que ce n’est pas facile non plus de renoncer, je crois même que c’est encore plus difficile que de continuer à essayer… Perso, ma psy m’aide beaucoup à voir autre chose que la maternité, j’apprends que je faisais fausse route concernant l’absolue nécessité d’être mère, maintenant il faut que ça fasse son chemin. J’espère que tu retrouveras quand même ta force Lulu, car tu n’es pas encore au bout du chemin, enfin je pense qu’il te reste encore des voies inexplorées comme le don par exemple, même si je n’occulte pas les cellules tueuses, c’est peut-être AUSSI une piste… Gros bisous !

  2. Lily dit :

    Concernant tes deux derniers paragraphes, je pense aussi qu’il est très difficile d’arriver à se projeter simultanément dans deux situations diamétralement opposées.
    Je trouve formidable que tu arrives maintenant à te projeter dans une vie sans enfant sans que cela te paraisse la fin du monde et avec même des avantages.
    Mais je ne peux pas m’empêcher de croiser les doigts pour ton essai de novembre 😉
    Bisous ma loLo !
    Lily.

    • loLo dit :

      J’y vois certains avantages en effet, il ne faut pas croire que la maternité n’apporte QUE du bonheur… bien sûr, je ne dis pas non plus que c’est nul, que c’est chiant et que j’aime plus les marmots hein 😀 c’est juste que voilà, petit à petit, je me rends compte que (comme en ce moment par exemple) ma vie est plutôt heureuse avec mon homme, et c’est déjà énorme, mais je suis encore loin d’accepter ma condition de femme sans enfant. Et puis comme tu le dis, il reste encore cette tentative à Brno, et ça… pour le moment, c’est comme un bouclier, après, ce sera complètement différent et je n’aurai peut-être plus du tout le même état d’esprit…
      Moi aussi je t’embrasse fort ma Lily !

  3. Ce cheminement est sans doute salutaire, quelle que soit finalement l’issue, que cela marche et tu auras gagné en sérénité pour les étapes à venir, ou qu’effectivement, cela ne marche pas et tu auras gagné du temps pour commencer à avancer vers cet ailleurs. De mon côté, j’ai pris conscience au fil des derniers mois que cette issue de « sans enfant » était très probable pour moi mais il faudra alors que je m’invente un autre et nouveau chemin, seule, et c’est très dur. Je t’envie beaucoup de pouvoir alors envisager une relation exclusive de couple qui peut être très belle quand vous aurez fait ensemble le deuil de cet enfant. Bon courage en attendant pour la suite en RT !

    • loLo dit :

      Apo, c’est déjà très difficile de supporter ce parcours PMA et ses échecs à 2, mais seule, je n’ose même pas l’imaginer… il faut redoubler de courage pour y arriver seule, et j’admire vraiment celles (si j’ai bien compris, c’est ton cas…) qui continuent à se battre malgré les réticences ou le manque de soutien de leur conjoint et/ou de leur entourage. J’espère que tu trouveras un moyen d’y voir plus clair pour la suite de ton parcours… Je t’embrasse.

      • Merci Lolo, pour préciser, il ne s’agit pas de réticences de la part de mon compagnon, il veut cet enfant, de tout son coeur, mais si on devait ne pas y arriver, ce qui est malheureusement probable, je ne sais pas si et comment j’aurais la force de supporter la situation et de faire, seule, le deuil d’avoir un enfant (il a adopté). Disons que la « décomposition » ajoutée à la PMA c’est juste l’enfer. et une source de tensions insupportables au sein d’un couple qui souffre. Et tu n’imagines pas comme c’est rageant de voir le passé et les aléas de la vie (un cancer, le des pour moi, les choix des uns) bousiller notre avenir… Bon courage à toi

      • loLo dit :

        Je comprends mieux… Tu sais, quand je vois déjà l’évolution de mon état d’esprit concernant notre « statut » de couple sans enfants, alors qu’il y a quelques mois, j’étais tout comme toi, au fin fond du trou, je me dis qu’on peut aller au delà de nos souffrances et de notre capacité à y faire face, je ne m’en croyais pas capable et pourtant j’avance en ce sens, même si pour l’instant je n’ai pas encore accepté ce deuil. Mon homme est là et il partage ma peine, mais c’est aussi chacun de son côté qu’on doit accepter cette injustice. Moi aussi je te souhaite du courage, qui sait ce que l’avenir nous réserve…

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