Sans nous lâcher la main

Où sont les ventres vides de la PMA ?
Il y a ceux qui l’ont été et qui ne le sont plus, ceux qui attendent et qui espèrent encore ne plus l’être, mais ceux qui resteront définitivement vides, ils sont où ?

Parmi tous les récits qu’on peut lire sur la blogosphère, rares sont ceux qui évoquent le renoncement.
J’ai beau cherché sur le net (mais peut-être que je ne cherche pas au bon endroit ?), rares, très rares, sont les témoignages de couples qui ont choisi (par dépit bien sûr…) de tourner la page.

Mais j’ai quand même retrouvé cet article (qui n’est pas récent) dans lequel je m’étais reconnue il y a quelques mois et qui aujourd’hui, me parle plus que jamais.

J’aurais pu écrire chaque mot de ce témoignage (en dehors du fait que notre parcours est deux fois plus long…), en particulier les deux derniers paragraphes qui résument parfaitement l’état d’esprit dans lequel je me trouve en ce moment.

Voici l’article.

 » Nous avons renoncé à avoir un enfant  »

Claire et Philippe voulaient un enfant. Ils se sont heurtés à une infertilité psychologique inexpliquée. Après trois ans de procréation médicalement assistée, ils ont décidé de continuer leur vie à deux. Témoignage.

Giulia Foïs

Vouloir un enfant

«C’est une histoire très banale de temps qui passe. Nous nous sommes rencontrés tard, nous nous sommes aimés alors que mon horloge biologique battait déjà les coups de la quarantaine. Très vite, nous avons eu envie d’un enfant, parce que nous savions que les années nous étaient comptées. Les examens étaient rassurants, les médecins confiants. Vinrent alors, successivement, les stimulations hormonales, les inséminations artificielles, les FIV [fécondations in vitro, ndlr]. Un chemin douloureux, avec sa succession de deuils. D’abord celui, mensuel, de l’arrivée des règles. Puis celui de pouvoir concevoir normalement. Enfin, celui d’être capable de donner la vie. Et, fidèles compagnes des deuils, suivirent la colère – devant l’injustice : pourquoi les autres et pas nous ? – et la culpabilité, cette petite voix qui nous murmurait à l’oreille : es-tu absolument certain de vouloir un enfant ?

Un couple à l’épreuve

À toutes ces révoltes, nous avons essayé de trouver des réponses différentes. Chacun d’entre nous est allé décrypter son désir d’enfant chez un psy. Nous avons testé l’énergétique, les huiles essentielles, l’hypnose, l’homéopathie… Nous avons sondé notre inconscient, torturé notre arbre généalogique pour y trouver l’origine du traumatisme, ouvert nos chakras, écouté avec bienveillance ceux qui nous disaient : “Lâchez prise”, comme si c’était possible… Rien n’est venu. Nous ne trouvions aucune réponse à la question : “Pourquoi ça ne marche pas ?” Ces chemins pas drôles, nous avons réussi à les parcourir à deux, sans nous lâcher la main. Bien sûr, pas toujours en phase et pas toujours dans l’harmonie. Philippe se sentait souvent seul, comme un simple “pourvoyeur de sperme”. Moi, le corps malmené par des injections massives d’hormones, je subissais des réactions émotionnelles qui me donnaient l’impression d’être sur les montagnes russes. Il nous a fallu mettre beaucoup de mots sur ces malaises pour les dissiper.

Arrêter d’essayer

Et puis, au bout de trois ans, il y eut le jour de trop. Un énième retour de règles, un énième espoir déçu… et, cette fois-là, le découragement l’a emporté sur la tristesse. Notre réaction n’a plus été : “C’est raté, nous recommençons le mois prochain”, mais : “Pitié, nous ne voulons plus recommencer.” Ce stade-là atteint, nous avons compris que nous étions passés du désir au combat. Une lutte contre le sort, contre la nature, contre nous-mêmes. Depuis combien de mois n’avions-nous pas écouté nos véritables envies ? Celles de cesser de compter les jours ; celles de faire l’amour sans obligation; celle d’être libres de parler d’un futur sans se demander si un enfant en serait ou pas… À nos proches, nous avons simplement dit : “C’est fini, on arrête.” Il nous a fallu affronter les prédictions – “Tu vas voir, maintenant que tu as renoncé, ça va venir” – auxquelles on ne peut s’empêcher de croire, et les évidences culpabilisantes : “Il y a plein d’enfants malheureux à adopter.” Non, nous n’adopterons pas. Pour plein de bonnes raisons qui nous sont propres et que des bien intentionnés, armés de leurs beaux enfants biologiques, n’hésiteront pas à taxer d’égoïsme. Et parce que nous refusons d’échanger une lutte contre une autre.

Un couple toujours solide

À nos yeux, accepter de ne pas avoir d’enfant, c’est accepter la mort totale, celle sans descendance. Accepter que “toi plus moi égale rien”, comme “un plus un égale zéro”. Accepter que de ce bel amour, rien ne survive après nous. Accepter, quand l’un des deux partira, que le survivant se retrouve seul. Ne pas avoir d’enfant, c’est devoir se poser toutes les questions d’une autre fécondité. Personnelle : c’est quoi, être une femme qui n’est pas mère ? C’est quoi, être un homme qui n’a pas su faire un enfant à celle qu’il aime ? Et conjugale : quel est le sens de notre histoire ? Quel pari que de devoir trouver un “faire” qui ne soit pas “faire un enfant” ! En y réfléchissant, nous avons pris conscience de nos chances. Celle que la science ait pu nous aider à aller au bout de ce que nous pouvions espérer. Celle qui fait que nos regrets ne se transformeront pas en remords. Celle que notre couple ait conservé sa tendresse, son humour et sa légèreté, dans la lutte comme dans la défaite. Aujourd’hui, nous nous aimons mieux que jamais. »

 
source : http://www.psychologies.com/Famille/Etre-parent/Equilibre-du-couple/Articles-et-Dossiers/Nous-avons-renonce-a-avoir-un-enfant
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21 commentaires pour Sans nous lâcher la main

  1. Apo / 6 Cell dit :

    Ouh… J’en ai les larmes aux yeux. Malheureusement je ne pourrai même pas écrire cette histoire un jour, écrire ce renoncement, écrire ce chemin vers une vie « à deux ». Le titre est en tout cas très bien choisi. Surtout quand on sait à quel point il est difficile de ne pas se lâcher la main dans tout ce parcours, dans toutes ces larmes, dans toute cette colère. Je te souhaite, si tu en as encore la force et l’envie, un virage soudain vers ce que nous souhaitons tant… Où en es tu ? Je pense bien à toi. Apo

    • loLo dit :

      J’ai eu mon injection de decap aujourd’hui…. C’est bien la première fois que je commence un traitement à reculons. Je n’ai pas du tout la tête à ça, je me suis fait violence pour aller au labo ce matin, pour me faire l’injection ce soir, je ne suis plus du tout motivée, il est temps pour moi que ça s’arrête… Quelque part, cette grande lassitude finira peut-être par transformer ma crainte de l’après en une grande délivrance… Je pense bien à toi aussi et t’embrasse.

  2. Ah, ma Lolo. Que répondre à cela. Le dernier paragraphe m’a beaucoup remuée. Je crois qu’il traduit tout ce qui a pu m’effrayer. Et sûrement m’effraye encore, même le ventre non vide. Mais j’ai aussi eu envie de lire la suite de leur histoire. Car la dernière ligne est très belle. Je veux croire que passé ce paragraphe, il y a des tas de belles choses à s’écrire à deux et peut-être mieux que dans certaines familles, pas toujours des modèles de félicité.
    Et puis aussi, je me dis, mais ma Lolo, tu pars bientôt alors tu as d’autres réflexions à mener, un présent à vivre. Je sais bien sûr le cheminement que tu prends et je comprends tes recherches, des pistes pour ce chemin que tu dessines déjà. Vous construirez votre bonheur, d’une manière ou d’une autre, j’en suis sûre.
    T’embrasse tendrement.

    • loLo dit :

      Oui c’est un très beau témoignage que j’ai relu plusieurs fois, leur histoire me semble si proche de la nôtre… Quand à mon présent, c’est comme s’il était déjà derrière moi, je ne peux pas l’expliquer. Je n’arrive plus à croire que les choses peuvent changer, je suis déjà dans le renoncement et je m’y sens presque mieux que d’être à nouveau dans l’optique du Tec à venir, avec tous les séismes émotionnels que ça implique à chaque fois. Enfin je crois… Moi aussi je t’embrasse ma petite Ange.

  3. Lily dit :

    J’ai moi aussi été très émue par cet article. Surtout la fin, comme Ange. Que dire d’autre ?
    Je t’envoie plein de bisous.
    Lily.

    • loLo dit :

      C’est vrai que le dernier paragraphe est assez cash, il m’a beaucoup émue aussi car je suis en plein dedans…. Merci pour ton soutien ma Lily, je t’embrasse

  4. monpetitoeuf dit :

    C’est très émouvant …. Et fort aussi. On sent vraiment que le couple résiste les tempêtes, c’est très beau. De votre côté, il vous reste de l’espoir ! Quand retournes tu chercher vos brybrys ? Je pense a toi et t’embrasse fort. Bisous

  5. loLo dit :

    Bientôt, dans un mois. Mais ce n’est plus comme avant, comme je le disais à Apo, c’est à contre-coeur que je commence le traitement, ça doit te choquer d’entendre de tels propos, toi qui es pressée de partir et je te comprends, quand j’ai commencé le parcours de don, j’étais toute excitée à l’idée de partir, je n’attendais que ça, plus maintenant. Mais bon, beaucoup de parcours se terminent bien, je voudrais pas miner le moral de toutes les nouvelles essayeuses qui passent par ici ! Je t’embrasse fort.

  6. fabienne dit :

    je suis très émue par ce texte
    trop émue…
    je pense fort à toi
    je t’embrasse

  7. nat dit :

    Ce texte est bouleversant… C’est vrai qu il existe peu de témoignage, sans doute parce que ces couples ne souhaitent ou ne peuvent pas s’exprimer sur le net. Un de mes proches collègues et son épouse sont dans ce cas, après de multiples échecs fiv ils ont choisi d arrêter avant meme d essayer le don , lui ne se sentant pas prêt…cela fera 4 ans et ils sont heureux et très complices. Je pense que cette complicité a été la clé pour passer au dessus de cette épreuve. Cet amour entre vous deux est une immense richesse.
    Je t embrasse.

    • loLo dit :

      Merci pour ton message qui me touche beaucoup, j’espère que nous aurons la même force si nous devons en passer par là… Je t’embrasse ma ptite Nat.

  8. lilas dit :

    Lolo, j’ai essayé plusieurs fois de lire ce témoignage, mais je n’arrive même pas à aller jusqu’au bout ça me rend trop triste.
    Il n’y a pas un jour sans que je pense à toi, à celles dont le ventre est resté vide après un long parcours en PMA. Ça ne devrait jamais finir comme, ça c’est trop dur.
    Je t’embrasse fort. Lilas

  9. irouwen dit :

    Lolo je pensais à toi toute à l’heure.
    Comment passer le cap ? est-ce possible ? Faut-il le passer ? Je pense que la nécessité, le besoin de vivre autrement doit apporter l’apaisement, le passage, le temps.
    Mais vraiment c’est dur.
    Cette tentative à reculons, la prendre pour ce qu’elle est, pas plus pas moins, juste elle, à ce moment et vous.
    JE t’embrasse fort et je voudrais te parler, si tu veux, mais je n’ose pas te déranger.

    • loLo dit :

      Alors comment passer le cap, je ne sais pas… c’est bien ça qui m’effraie car il me reste encore une toute dernière étape pour franchir le pas, et j’ai l’impression que ce dernier pas est un pas de géant.
      Faut-il le passer je dis oui, en tout cas dans notre cas, c’est une évidence… tout comme les différentes étapes de ce parcours ont été pour nous une évidence, un passage obligé, à présent, on ne PEUT plus continuer (psychologiquement et physiquement), et cette étape du renoncement arrive à point si je peux dire… car on a eu ce fameux déclic qui fait que ce désir d’enfant à un moment donné devient une contrainte paralysante et on ne peut plus se battre quand le découragement a supplanté l’envie (comme le dis si bien cet article).
      Tu sais Irouwen, ça ne me dérange pas que tu m’appelles, c’est plutôt moi qui n’ose pas t’appeler car je sais que tu es très occupée avec les petits et aussi avec BAMP. Mais j’ai toujours un grand plaisir à papoter avec toi… merci d’être là ma belle (oui je te trouve belle dans tous les sens du terme, et j’ai envie de le dire alors je le dis !!!). Gros gros bisous.

      • irouwen dit :

        bon alors on s’appelle, j’ai du temps. Je trouve du temps pour tout ce qui est nécessaire.
        BOn cette semaine je suis là mercredi, mais à partir de jeudi sur les routes de France pour BAMP. Mais cela n’empêche pas de téléphoner.
        Donc on s’appelle quand on peut, le plus vite possible.
        Des bises, merci 😉

  10. C’est un très, très, très beau témoignage, plein d’espoir aussi.
    Il y a juste cette expression en introduction par la journaliste : »infertilité psychologique inexpliquée » qui me gêne. Leurs examens étaient ok, et alors? Pourquoi se dire que forcément, c’est psychologique? Pourquoi ne pas se dire que ça peut aussi être pour des causes physiologiques que la science est encore incapable de déceler? Je souhaitais juste faire cette précision car l’infertilité inexpliquée, je pense que rien ne doit être plus culpabilisant (être en IO c’est culpabilisant, mais au moins on sait d’où vient le problème)
    Mais sinon je pense très fort à toi pour cette stimulation, douloureuse car la dernière, pénible car trop de fois vécue. je t’embrasse fort, et j’espère pour toi le meilleur, tu le sais, quelle que soit votre route

    • loLo dit :

      C’est marrant Lueur, j’ai ressenti le même malaise avec les termes « d’infertilité psychologique inexpliquée ». Cela dit, on peut s’interroger quand (on pense que) tous les paramètres sont sous contrôle, et que ça continue à ne pas marcher. On peut se demander « pourquoi ça ne marche pas » alors qu’à priori tous les paramètres ont été vérifiés et écartés et qu’il n’y a plus aucune raison qui pourrait expliquer l’échec. J’avoue m’être demandé si je ne faisais pas un blocage psychologique maintenant que nous en sommes au stade du double don et que mon utérus n’a pas été identifié comme étant hostile… Mais bon il reste toujours une part de mystère, et c’est justement ce doute (est ce que ça va marcher ?) qui fait qu’à force, on s’use aussi… Je t’embrasse fort ma p’tite Lueur !

  11. artemise dit :

    Merci pour cet article qui me rassure et aide à se sentir moins seuls sur ce chemin que nous tentons de prendre mais nous ne savons comment…
    Bises

  12. artemise dit :

    A reblogué ceci sur artemise aura tout essayé ou presque…et a ajouté:
    Un joli post avec cet article qui traite du renoncement dans ce labyrinthe de la PMA. Nous ne sommes pas seuls à nous poser ces questions… Quel sera notre chemin ?

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